Il est 10h12 à Gare du Nord, et le train part dans 10 minutes. Direction Londres en ce mardi matin. Mali n’a toujours pas converti son billet électronique en billet atomique, et se demande sincèrement quel est l’intérêt de passer par la feuille de papier A4 pour repasser ensuite par le bout de carton, le tout sous couvert de protection de l’environnement. Bref, il n’a pas le temps de repartir dans ses théories du Mardi, il court désormais, même s’il ne déteste rien de plus que de suer avant même que la journée commence. Dans sa précipitation, il bouscule un individu particulièrement chevelu. Il est sur le point de s’excuser quand il se rend compte que c’est un visage familier. C’est Kesty, son ami d’enfance, le seul qui a toujours été capable de rivaliser avec lui quand il s’agit de glander, un pur mec ! Il est dégouté de ne pouvoir prendre de vraies nouvelles, mais il doit filer… mais bon, de toutes facons Kesty avait l’air captivé par une discussion sûrement hautement philosphique avec un renoi d’1m92.
Passés les sas de sécurité et les contrôles aux rayons X, Mali se précipite dans la voiture 16 et commence enfin à récupérer l’usage de ses sens, à mesure que le stress retombe. L’ouie déjà, ce qui lui permet de savourer « Don’t Let it bring you down » de Neil Young sur le live du Massy Hall, son préféré. Il a une terrible envie de chanter en même temps, mais la voix de castré d’oncle Neil, en contraste avec son physique de dur à cuire risque de faire un cocktail ridicule. La vue ensuite, puisque son scanner intégré l’a renseigné sur la présence de 4 cibles potentielles, qu’il a directement traduit en 6, 7, 7.5 et 5. La vue toujours, quand il analyse les têtes autour de lui, dans cet Eurostar d’un matin d’Avril, quand toutes les places sont occupées par des hommes d’affaires, leur costard, leur Blackberry, leur « Le Point » ou « Financial Times » et leur pain au chocolat en plastique à 2 euros du Relais H. En parlant de pain au chocolat, son odorat lui rappelle, par réaction chimique interposée, qu’il n’a pas bouffé.
« Excusez moi », une voix féminine vient de derrière. Un sourire qui montre des dents blanches parfaitement alignées, une peau noire métissée, très claire. Des traits fins. Impossible d’en savoir plus, elle le regarde et attend qu’il se pousse, ce n’est pas le moment de regarder ses seins. Il s’execute, boum ayé il en a profité, et il lui attribue un 8.5, ce qui est très rare pour un expert de ce calibre. Mali est toujours content au contact des filles, même s’il aime vivre sans. Il se sent comme un papillon sans chrysalide, qui prend des couleurs majestueuses au contact de la liberté. Content mais pas excité, la beauté humaine n’a plus d’incidence sur son comportement, lui qui ne voit pas pourquoi donner plus de respect à quelqu’un qui n’a rien fait pour le mériter, à part gagner la loterie biologique.
« La compagnie des Wagons Lits vous informe qu’un bar est à votre disposition en voiture 15, au centre de la rame. Vous y trouverez un assortiment de boissons chaudes et fraiches à déguster sur place, ou à emporter ». Cette phrase, Mali la connaît par cœur, depuis le temps qu’il traverse la France. Et cette expérience du voyage lui a appris une chose « on fait des rencontres intéressantes dans le train ». Il est décidé à vérifier la véracité de cette conjecture.
Après avoir écouté la fin du concert, soit 20 minutes après le départ, le belle sort un paquet de Figolu, ses gâteaux préférés. Il existe deux moyens d’amadouer Mali : lui donner un piment, ou lui faire manger une figue. Il le savait, et décide de lui dire. Elle rigole, et lui offre un gateau.
«
- Tenez !
- Merci, toujours agréable d’être assis à côté de quelqu’un qui a du gout.
- Merci ! Vous écoutez quoi ?
- Neil Young, j’ai une terrible envie de chanter mais je doute que le sosie de Villepin, là bas, apprécie.
- Lui à la limite, il est peut être funky au fond. Mais regardez sur la place de quatre la bas, y’a une Michele Alliot Marie ! Un homme sans bite !
- Ahahaha… Vous êtes lesbienne ?
- Hein ? Bah non ! Pourquoi ?
- Les seules filles drôles que j’ai rencontrées dans ma vie en étaient. Ca fait trop de bonus pour une seule personne, là !
- Ahaha ! Je suis une exception.
- Par contre votre haut est pas très original, c’est de la tête de gondole H&M
- Vous cherchez à me vexer ? Ahaha, non j’avoue j’aurais pu faire mieux. J’suis à 10% de mon potentiel.
- On passe à aux questions mondaines ?
- Ahahaa, ok !
- Tu fais quoi dans la vie ?
- Huuhhhh… comment dire, huhhhhh j’suis policier
- Nan ! Enfin !!
- Quoi ?
- Enfin un défaut !!
- Hahaha ! J’en étais sure !
- Non sérieux c’est mortel ! J’aurais jamais deviné, vu que t’as pas l’accent marseillais.
- Et pourtant ! Je suis basé sur le 17ème, avec en plus la protection de certains ministères.
- Genre lequel ?
- Genre ministère de l’intérieur.
- T’as bossé avec Sarko ?
- Ohhhh oui ! J’en ai de belles sur lui !
- Franchement, il est aussi moche en vrai qu’à la télé ?
- Pire ! Il ressemble à rien. Par contre c’est un vrai chaud lapin. J’ai travaillé avec lui pendant deux ans, et pendant leurs réunions on discutait avec les gens du ministère, bah figure toi que y’en a pas une seule qu’il a pas sautée.
- Ahaha ! Enorme ! Même si c’est pas un compliment pour les femmes… je doute qu’elles se seraient fait prendre par la même gueule de con s’il était macon ou plombier…. Mmh, attend que je fasse pas de gaffe… vous avez pas baisé, si ?
- Ahahaha non ! Pourquoi, j’ai une tête de salope ?
- Un peu… Non, je plaisante, mais si j’étais lui j’aurais tenté ! Alors pour peu que tu aimes le pouvoir…
- Non, tu vois moi mon truc c’est plutot la musique… Donc s’il était producteur je dis pas ahaha
- Ahhhhlalala ! toutes les mêmes. Au fait, je me suis pas présenté. Mali, Directeur Artistique chez Virgin.
- Non, tu te fous de ma gueule là !
- Non ! Où sont les toilettes ?
- Ahahaha, non sérieux tu fais quoi dans la vie !
- Je suis vraiment producteur ! Ecoute, je vais être franc. Mademoiselle, vous m’avez déclenché. Je viens du Val de Marne, mon cœur vient d’se pencher. Aimez vous les tulipes, car je ne danse pas, rendez vous ce Jeudi 30, je serai dans c’bar.
- C’est du Oxmo ca !!
- Bien vu !! On va pouvoir commencer à parler musique !! C’est quoi ton nom de scène ?
- Pooky”
La discussion continua trois heures.. Trois heures pendant lesquelles Mali lui fit réellement croire qu’il travaille chez Virgin, qu’il est chargé de produire les nouveaux talents, si bien qu’il se fit inviter au concert qu’elle donnait le soir dans un café obscur du nord de Londres. Il se rappelera longtemps de cette soirée passée à regarder son sourire, ses dents blanches, ses traits fins, couplées à sa voix majestueuse, qui l’emportèrent très loin de la misère intellectuelle qui avait caractérisé les réunions du jour. Il s’éclipse en douce avant la fin du concert, saute dans un taxi noir devenu rose grâce au Dieu publicité et à T-Mobile, regarde par la fenêtre en passant sur Grosvenor Gardens, sourit à une fille à vélo au feu rouge, pense un temps au cochon Sarkozy, puis sort son calpin, son stylo et griffonne quelques mots que lui seul peut comprendre : « espérance => cul, réglo => amour ».
J’adore tes histoires…
mais quel bogoss ce Mali! Trop stylé le dialogue… j’ai hate de voir comment il va la foutre dans son lit!
j’ai toujours rêvé de sortir en vrai ce couplet d’OXMO, ça évite de demander à une fille :
1 Ce qu’elle aime comme musique
2 Si elle répond par miracle (ou insouciance ?) rap fr, quels sont ces MC preferés
Ah, cher Parasite, ton alter ego Mali a tout d’un Pick-Up Artist avisé qui maîtrise le fond autant que la forme.
Intéressante (et agréable) illustration de ces concepts sous la forme de récits. Vivement la suite !
C.T.